CR de l’Ultra Tour du Beaufortain – 20 juillet 2013

bon, par où commencer…

ça fait plus de 4 mois que je l’ai fait, cet Ultra Tour du Beaufortain, et je sais que mes nombreux lecteurs n’en peuvent plus d’attendre ce CR. Mais je n’y peux rien si j’ai encore mal à la tête quand j’y pense.

Alors oui, si la majorité ne l’a pas compris, j’ai été plus déçu que content de ma course. Bien sûr, l’objectif de base, comme toujours sur un trail un peu long et difficile, était de le finir, surtout après l’abandon de l’année dernière. Évidemment, je termine dans la 1ère moitié des 48% qui finissent, donc d’une édition peut-être pas si facile…ça peut satisfaire…

Mais mon objectif était aussi double : me faire plaisir en profitant à fond de la course et réussir une course régulière et bien gérée pour faire un temps que je m’estimais capable de faire.

Ces 2 objectifs n’ayant pas été atteints ou que partiellement, j’ai commencé à penser compte-rendu mais j’ai eu la sensation de devoir encore me répéter sur mes erreurs habituelles que sont la mauvaise gestion de mon cardio et une alimentation moisie…et donc, à quoi bon saouler tout le monde avec mes turpitudes ?

J’ai plusieurs fois pensé à un axe de récit différent mais je ne suis pas poète et ce qui semble une bonne idée se révèle un désastre littéraire quand on commence à écrire.

Donc depuis plus de 4 mois, je repoussais un peu l’échéance, en promettant à ceux qui me demandaient, de m’y remettre un jour mais sans le faire. Et puis, je suis retombé sur le dossier de photos prises lors de la course et l’envie de me replonger dans ce WE, me refaire mal en regardant les temps de passage, en me souvenant des douleurs, est revenue…mais sans vraiment l’inspiration.
Quand je vois cette photo pourtant,arrivée au hameau de la gittaz

plus que 40 bornes…

ça parait le paradis alors que je viens de passer les 2h les plus horribles depuis que je fais du trail. Quoique les 2 même heures au même endroit 1 an plus tôt étaient terribles aussi. L’année dernière, entre la mi-course et le hameau de la gittaz, j’avais énormément souffert du froid et du vent : reparti pourtant en forme du ravito du plan de la laie à la mi-course, j’avais subi un gros coup de moins bien 500m après, puis le vent sur la crête des gittes m’avait saisi et le temps que je sorte ma veste, j’étais arrivé au refuge du bonhomme complètement tétanisé et les 2 gentilles dames du pointage m’avaient laissé m’abriter 10 minutes. Je m’étais lentement réchauffé ensuite à la fin de la descente vers la gittaz. Cette année, pas de froid ni de vent mais je suis reparti de la mi-parcours dans un bien moins bon état, ce qui était déjà inquiétant avec encore plus de 50km à faire.

Pourtant, cette année encore plus, j’ai mis avant la course toutes les chances de mon côté : inscription dès le 1er janvier et le regard tourné pendant 6 mois vers cet objectif. Une préparation progressive et plus structurée à partir du mois d’avril grâce à Patrice qui me concocte un plan d’entrainement aux petits oignons même si bien chargé. Des courses de préparation dont mon 1er 100km début mai (http://www.coursieresdeshautsdulyonnais.org/) qui se passe comme sur des roulettes. Une forme finalement optimale le jour de la course avec tous les voyants au vert…
Le vendredi après-midi, je descend avec Jacques pour chercher nos dossards et assister au briefing d’avant course proposé par François, le GO en chef de l’UTB.

briefing d'avant-course de François Camoin, le GO en chef de l'UTB

briefing d’avant-course de François Camoin, le GO en chef de l’UTB


je fais la "queue" au retrait des dossards

je fais la « queue » au retrait des dossards


Il y a bien la dernière nuit qui n’est pas très réparatrice avec quelques courtes séquences de somnolence seulement et un réveil qui n’a pas besoin de sonner à 2h du mat’.
A part ça, je suis confiant au moment de rejoindre le départ avec Jacques et son assistance, j’ai fait 50 fois mon sac et théoriquement, je n’ai rien oublié.
tout doit rentrer dans le sac !!

tout doit rentrer dans le sac !!


alors, je détaille un peu :
– le sac raidlight olmo 5l (la liste du matos obligatoire est raisonnable) et sa ribambelle de pochettes additionnelles
– 2 bidons 750ml D4 (1 caloreen et un sirop de menthe au départ)
– mitaines cyclo achetées un peu à l’arrache à carrefour pour protéger des frottements avec les bâtons et éventuellement pour le froid.
– casquette pliable D4 et lunettes àpacher, légères D4 aussi
– veste shelter mp+ vertical
– collant long obligatoire D4
– t-shirt manches longues obligatoire qui court CRIVIT (lidl !!)
– buff kikourou
– manchettes légères
– couverture de survie
– lampe zebralight h600 avec accu de rechange
– accu de rechange pour le téléphone
– accu NPower externe pour recharger la montre
– 2 « dosettes » de PQ
– Appareil photo sony DSC-W30
– 3 sachets de caloreen + quelques sachets de sel
– 1 briquette de 25cl vide pour faire office de gobelet
– 1 tube de sporténine
– quelques barres d’amande (que je vais promener toute l course)
– 2 paquets de gateaux p’tit déj’
– 4 spasfon et 2 doliprane (si y’a plus d’espoir)
– bâtons black diamond distance alu pliables 3 brins
– pas sur la photo : montre keymaze 700 trail, montre basique alti/chrono D4 et ma tenue + 1 sac coureur pour la mi-course avec t-shirt et chaussures de rechange.
Ah oui, comme pour les coursières, j’ai prévu les montrail badrock pour la 1ère moitié plus technique et les montrail sabino, de vraies pantoufles pour la fin (55km).
badrock

badrock

sabino

sabino

Comme si c’était déjà la routine, nous nous retrouvons avec Jacques et Ludo au départ à Queige et autant l’année dernière, on s’était presque fait surprendre par le départ en discutant tout au fond du peloton, là, nous sonnes bien placés dans les 50 1ers avec l’objectif de rester tranquille.
Bon, je passe donc rapidement sur ces 1500m de D+ initiaux : tout le monde en file indienne dans quasi que du single, ça donne qu’en 50ème position, tu vas à l’allure du 49ème…bon, j’ai bien perdu 50 places sur la piste du début qui sert à étirer le peloton. J’essaye aussi de ralentir, de me laisser doubler dès que c’est possible (traversée de route ou élargissement), ce qui fait que j’arrive au 1er pointage après avoir reculé au classement.
DSC05690

comité d'accueil au-dessus des chappes à 5h du mat' : l' accordéon est de sortie !!

comité d’accueil au-dessus des chappes à 5h du mat’ : l’ accordéon est de sortie !!


mais si je passe en 142ème position aux chappes ce qui est raisonnable, j’y suis en 1h12 pour 1h40 en prévision (bon, y’a peut-être une légère erreur de point de passage)
roadbook

roadbook


De même, j’arrive à la roche pourrie en 1h57 pour 2h25 prévus et au 1er ravito du refuge des arolles en 3h20 pour 3h55 théoriques.
lever de soleil sur les Aravis (les saisies au 1er plan à droite) avant la roche pourrie

lever de soleil sur les Aravis (les saisies au 1er plan à droite) avant la roche pourrie


Et c’est à ce ravito que je retrouve ludo, parti assez vite dans la montée assez facilement, Jacques étant resté derrière.
On repart ensemble, je sais déjà que je me suis grillé trop longtemps mais je suis encore dans la durée (moins de 5h) pendant laquelle je peux faire illusion. J’espère aussi que ma bonne forme va me faire me remettre de ce sur-régime (bon, il reste 85km)
Ludo commence aussi rapidement à avoir des douleurs/crampes au mollet et l’un dans l’autre, on va à peu près à la même vitesse en alternant les passages de mieux et ceux de moins bien.
On est dans la partie que je préfère presque, au-delà du domaine skiable, du côté de combettes/lac tournant avant de récupérer bonnets rouges et le plateau du cuvy, sur un sentier qui fait le tour de la montagne, beaucoup de passages de ruisseaux, des cailloux, pierriers, un peu de neige, un monotrace assez accidenté mais sans trop de dénivelé…c’est magnifique avec ce soleil et le peloton déjà bien étiré donc peu de monde
ludo fait la trace

ludo fait la trace


Nous continuons à un rythme correct et abordons la descente vers saint-guérin, piégeuse, très humide après les grosses pluies de la veille.
J’avais débranché l’année dernière mais je la fait plus cool cette année (déjà la lucidité qui s’en va ?)
On double un peu sur cette portion, dont 1 blessé et on arrive au lac de saint-guérin, direction la passerelle qui évite de faire tout le tour.
Je fais une pause technique, ludo part devant…voilà, je suis en train d’exploser, je dois me forcer pour trottiner sur un chemin plat, en petit gravillon, idéal pour la promenade du dimanche en tongs.
Saint-guérin, km27…il est à peine plus de 9h du matin, mon objectif est de prendre du plaisir et ça sent le roussi.
passerelle de saint-guérin

passerelle de saint-guérin


En plus, j’ai les souvenirs de l’année passée au même endroit où je pétais le feu.
Je sais que la montée est longue(un peu moins de 2h), sans répit à part le ravito et que je ne vais pas être à fond.
Comme l’année dernière, quelqu’un pend des photos au lac des fées, merci à lui.
passage lac des fées

passage lac des fées


vue sur le lac de saint-guérin en bas

vue sur le lac de saint-guérin en bas


j’arrive après une montée d’escargot, et en ayant pourtant rattrapé ludo, au 2ème ravitaillement du cormet d’arêches, j’ai reperdu une 15aine de places et surtout les 35 minutes d’avance.
c’est le début de la fin : j’avais prévu des arrêts courts pour toute la course, par exemple maxi 5 minutes ici, et je reste hagard 15-20 minutes sans savoir quoi trop boire et manger, avant de repartir.
Ludo a mal au mollet et on fait le yoyo ensuite sur la montée difficile jusqu’au col du coin puis la redescente jusqu’au lac d’amour avant la terrible montée jusqu’au col à tutu.
passage du col du coin : traversée vers le lac d'amour puis montée vers le col à tutu au pied de la pierra menta

passage du col du coin : traversée vers le lac d’amour puis montée vers le col à tutu au pied de la pierra menta


encore pas mal de neige cette année

encore pas mal de neige cette année

le lac d'amour se dévoile : paysage magnifique !!

le lac d’amour se dévoile : paysage magnifique !!


J’avais rêvé cette montée vers la pierra menta dans ces conditions : neige, soleil, payasage féérique à l’opposé du brouillard où on n’y voyait rien l’année dernière.
Par contre, je l’avais imaginée d’un pas léger dans un début de montée en puissance pour la suite de la course.
Et là, je me retrouve dans un petit peloton de 5-6 où chacun agonise plus que le voisin.
C’est pourtant moi qui fait la trace et donne le rythme, suivi par ludo.
On arrive tout doucement vers le col, la montée devient entièrement en neige : c’est pas plus mal à certains endroits en montée car ça enlève souvent de la technicité en lissant les sentiers.
passeur de la mintaz (col à tutu) en vue

passeur de la mintaz (col à tutu) en vue


La fin est raide et bienvenue, il fait chaud, c’est très beau mais j’ai du mal à apprécier.
ayé, on arrive...

ayé, on arrive…


derrière moi, ludo à l’abri du vent…
un petit sourire crispé, mais juste pour la photo

un petit sourire crispé, mais juste pour la photo


J’ai un peu tout donné le peu qu’il me reste et j’ai peu de lucidité pour faire la bascule assez casse-gueule (ah, on dit technique !!)
Moi qui suit dans la moyenne dans les passages difficiles, je suis presque bloqué dans tous les rappels et descentes caillouteuses ou glissantes.
Je m’écarte très régulièrement pour laisser passer du monde.
Je finis quand même par arriver au refuge de presset : il est flambant neuf, magnifique et avec un panorama magnifique. Je cherche une chaise pour m’assoir sans avoir envie de manger ou boire…et surtout pas de repartir, en tous cas, pas maintenant. C’est un peu la cata, il me reste 15 minutes d’avance sur mon plan de route en 22H (plan pessimiste) mais je dois rester 20-30 minutes avant de repartir, à peine alimenté, en ayant siroté difficilement 2 verres de coca.
C’est pas tout ça mais il reste encore du D+ pour arriver au col du grand fond : je me traîne, difficile de croire que ça va le faire…il y a beaucoup plus de neige que l’année dernière et ça aide encore une fois car le parcours est plus direct et régulier, sans les gros blocs à franchir, contourner…
Une fois le col passé, l’endroit identifié critique par l’organisation quelques jours avant la course passe comme une lettre à la poste : la trace est parfaite pour éviter le dévers et atteindre la brèche de Parozan.
remontée vers la brèche de parozan

remontée vers la brèche de parozan


J’ai à ce moment un léger mieux car je n’ai pas le choix, il faut arriver regonflé pour faire la descente très raide, glissante et traumatisante. Et puis je sais que ça n’est pas le pire exercice pour moi.
C’est quand même bien raide et les sortes de schistes s’affaissent beaucoup à chaque foulée : il faut laiser aller mais éviter de prendre quand même trop de vitesse.
Il y a ensuite un passage plus rocheux, que les 3/4 du groupe dans lequel je suis évite en prenant sur la droite un énorme névé.
je préfère garder les fesses au sec, quitte à taper un peu plus dans les cuisses.
descente de la brèche de parozan : gros D- et grosse pente !!

descente de la brèche de parozan : gros D- et grosse pente !!


Voilà, il reste 7-8km à faire jusqu’à la mi-course par des sentiers monotrace vallonnés plutôt descendants où il faut de l’énergie pour courir et relancer, ce que j’ai du mal à faire.
Devant moi, la concurrente dossard 7 (Jeanne) avance pas mal avec de l’aisance et je m’accroche dans un 1er temps, trouve mon rythme derrière elle, puis la dépasse suite à quelques passages un peu plus techniques.
j’arrive au plan de la laie bien cuit, avec pas trop la force et le moral pour répondre aux encouragements des promeneurs.
arrivée au milieu des promeneurs

arrivée au milieu des promeneurs


entrée du ravito

entrée du ravito


Mon assistance et comité d’accueil est là, perché avec une banderole sur un gros rocher
le fan club

le fan club


Je ne traine pas (pour l’instant !) et rentre rapidement sous le chapiteau du ravito.
la sale tête en arrivant au ravito du plan de la laie

la sale tête en arrivant au ravito du plan de la laie


Encore une fois, je ne sais pas quoi manger ou boire donc je m’enfonce dans mes carences hydriques et glucidiques.
Je sors du coup à l’extérieur où tout est fait pour ne pas pouvoir repartir : des bancs, du soleil, de l’herbe…très tentant de se poser, longtemps.
Ludo est là, avec le mollet en vrac et pas trop l’espoir de repartir. J’essaye de faire bonne figure pour ne pas trop inquiéter ma femme et me rassurer aussi. Mais de 10-15 minutes, ma pause s’éternise plus de 30 minutes !!
je change quand même de chaussures et t-shirt, ça fait toujours un bien fou ça !!!
Je bois un peu de saint-yorre, grignote 2-3 bricoles et remplis mes bidons de sirop de menthe. A ce propos, petite anecdote sur l’organisation aux petits oignons de cet ultra : lors des semaines précédent l’UTB, j’avais testé pendant l’ultra des coursières du lyonnais(http://www.coursieresdeshautsdulyonnais.org) ce même sirop de menthe mis à disposition sur les ravitos : emballé par le côté économique, rafraichissant et pas trop écœurant, je l’avais intégré lors de mes sorties longues et j’avais demandé sur le forum de l’UTB si du sirop était prévu…On m’avait répondu que l’année précédente, ça n’avait pas fait fureur mais que promis, il y en aurait au moins pour moi cette année !!! La classe !!
changement de vêtements

changement de vêtements…dur !!


ma femme au soutien

ma femme au soutien


estimation du prochain point de rencontre

estimation du prochain point de rencontre

c'est reparti !!

c’est reparti !!


Avec un petit sandwich jambon-beurre que ma femme m’a préparé, je repars tranquillement, un peu reposé mais c’est la moindre des choses après une pause si longue !!(Je crois que je laisse Ludo derrière moi quand je repars..petit trou de mémoire !!)
J’avais prévu d’essayer de changer des aliments classiques en mangeant plutôt typé rando.
Mais mon état fait que ça passe mal, j’ai beau mâchouiller, ça ne passe pas et je recrache le pain comme un enfant qui n’arrive pas à avaler son bout de viande.
Je repense au calvaire de cette crête des gittes l’année dernière (pensée très positive !!) et espère que ça passera mieux cette fois. Le début se passe pas trop mal ceci dit, en croisant de nombreux randonneurs qui descendent et encouragent (sauf un qui trouve que c’est n’importe quoi de se mettre dans des états pareils…quoi, ma gueule ? qu’est-ce qu’elle à…).
Je rattrape ma jeunette Jeanne (dossard 7 !) qui est assise au bord du chemin, légèrement agonisante avec un coup de chaud : je m’inquiète de son état, lui conseille de mouiller sa casquette à chaque point d’eau et de prendre son temps pour se refaire. Elle est d’accord et prévoit de faire une micro-sieste.
La montée de la crête commence véritablement et mon énergie décline avec : je suis à l’arrêt, comme ces alpinistes qu’on voit avancer pas à pas avec 5 secondes entre chaque.
Sauf que je ne suis pas à 6000 ou 7000m…Tous ceux qui me doublent à 3 ou 4 km/h me semblent des avions.
vue vers l'arrière de la course : en bas, roselend et le ravito du plan de la laie

vue vers l’arrière de la course depuis le haut de la crête : en bas, roselend et le ravito du plan de la laie


Pour couronner le tout, je suis pris de crampes de quasi tout le corps : les muscles intercostaux se contractent tous en même temps et je me retrouve à 4 pattes avec des spasmes puis des crampes qui me contractent toute la cage thoracique…je n’avais jamais eu cette sensation et cette douleur..je m’attends juste à ce que mon cœur s’arrête.
Un petit vomito puis j’arrive à me décontracter, m’assoir et essayer de faire le point : il me reste 1 ou 2 km pour passer au refuge du bonhomme et la descente vers la gittaz ne me laisse pas que de bons souvenirs. C’est à ce moment que Jeanne me rattrape, et me dépose en ayant apparemment repris du poil de la bête !!
Je me traine donc jusqu’au refuge et attaque une partie technique jusqu’au col du bonhomme : il reste pas mal de neige, cette fois-ci souvent en devers et en descente et malgré les main-courantes, c’est parfois très tendu pour tenir une trajectoire.
Surtout à petite vitesse avec une agilité réduite par la fatigue. En plus, le temps se gâte avec du brouillard et quelques gouttes qui commencent à tomber : j’hésite puis j’enfile la veste au niveau du pointage avant de commencer la descente vers le chalet de la sauce.
Mais le soleil repointe, j’ai vite chaud et je l’enlève dans les 5-10 minutes. Je me fais toujours doubler régulièrement et n’ai pas la niaque pour suivre. Je m’arrête même quelques minutes pour discuter avec un bénévole qui remonte la course : il me confirme que je ne suis pas le seul à être parti trop vite et à le payer pendant longtemps après.
La fin de la descente se quasi exclusivement en marchant, sans plaisir et j’arrive au hameau de la gittaz pour le ravito dans un état de fatigue très avancée !!
j'arrive au hameau de la gittaz

j’arrive au hameau de la gittaz


Je fais pourtant presque illusion sur la photo de mon arrivée au hameau …même sur les quelques autres prises à ce moment comme celle avec mon fan club en transes !!
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En fait, à ce moment, je suis pas loin de jeter l’éponge et surtout en hypoglycémie, déshydratation et tout le toutim. Tout le monde me fait des grands sourire style « t’as l’air bien », « ça va le faire »…en fait dans mon dos, tout le monde s’inquiète ou au moins n’y croit pas trop. Petit échange entre le médecin de la course et ma femme après mon départ du ravito :
ma femme : pfiuu, s’il ne termine pas, on va encore revenir l’année prochaine…
le médecin : ben bon courage et à l’année prochaine !!
Il est quand même 19h30 alors que dans mon plan pessimiste en 22h, je devais passer à 17h15 : plus de 2h de retard !!
Toujours est-il que je dois manger et boire mais je n’ai vraiment envie de rien…on me propose de la soupe, des pâtes de fruit, du chocolat…beurk, j’en veux pas.
Au bout d’1/4h, ma femme me propose des fruits secs : mouais, peut-être mais que des bananes alors.
Elle me trie 5-6 rondelles de bananes séchées, je remplis mes bidons dont 1 avec du coca, je mets quelques nougats dans ma poche.
Jacques est arrivé entretemps, assez en forme. Il se régale avec la soupe, se ravitaille bien et me propose qu’on reparte ensemble : Pas sûr de pouvoir le suivre mais pourquoi pas.
Je suis prêt quelques secondes avant lui et repart avec 50 ou 100m d’avance sans doute sur le fait qu’il comble ce petit écart. Je mange difficilement mes bananes séchées et m’attaque aux 640m de D+ jusqu’au col de la gittaz en me retournant régulièrement pour encourager Jacques à me rattraper.
allez Jacques, un petit effort !!

allez Jacques, un petit effort !!

Le sucre des bananes semble faire effet, je commence à me sentir mieux et bois pas mal de coca qui passe bien.
J’enchaine sur un nougat et retrouve le moral de pouvoir à nouveau manger un peu. Mais ça ne fait pas les affaires de Jacques qui est toujours à distance derrière.
Je ralentis donc pour l’attendre et pouvoir repartir ensemble.
Jacques me rejoint après une course-poursuite involontaire.

Jacques me rejoint après une course-poursuite involontaire.


Contre toute attente, moins de 30 minutes après mon départ du ravito et après près de 10h à me trainer, je retrouve des jambes et mon rythme de marche efficace en montée.
Jacques a à ce moment des crampes et après quelques minutes encore ensemble, il m’indique qu’il vaut mieux que je parte devant.
Content d’avoir retrouvé la pêche, je pars « à fond », rattrape 2-3 concurrents jusqu’au col en me faisant plaisir sur une partie que je connais vraiment bien. Suit un sentier caillouteux descendant où le retour de la lucidité fait effet sur ma vitesse. Avec le retard pris, la lumière commence un peu à baisser et je me dis qu’il ne faut pas trainer pour profiter au maximum avant la nuit, idéalement réussir à passer le ravitaillement du col du joly.
descente vers le bolchu après le col de la gittaz

descente vers le bolchu après le col de la gittaz


Je double maintenant régulièrement, quasiment que des concurrents en difficulté dont « mon » dossard 7, encore une fois allongée au bord du chemin juste avant la remontée raide sous le col de la fenêtre. Cette fois-ci, elle est blanche comme un linge avec son sachet de fruits secs à la main : grosse hypo en cours.
Je la laisse en lui disant de bien se refaire une nouvelle fois mais j’ai comme un doute et je préviens le pointage du col qu’elle n’est vraiment pas bien (j’apprendrai qu’elle a abandonné et qu’elle a été prise en charge par les pompiers au col du joly après avoir été prise en charge par des randonneurs pour le trajet).
après la bifurcation vers le col de la fenêtre...au loin le col du joly

après la bifurcation vers le col de la fenêtre…au loin le col du joly


Après la fenêtre, reste le sentier en balcon et la descente au col du joly où j’arrive avec un gain de 20 places environ.
Ludo a abandonné et est là avec sa femme, celle de Jacques et les enfants. Après mon abandon de l’an passé, j’ai décidé de rentrer sous le chapiteau juste pour faire le plein et pointer puis repartir au plus vite.
Je remplis donc un bidon de coca-eau, un avec de l’eau gazeuse, je prends quelques nougats qui passent bien(je n’ai pas touché une seul pâte d’amande de la course après avoir utilisé que ça pendant ma prépa) et je repars donc avec 15 places de gagnées sur l’arrêt express.
La nuit n’est pas encore là et je suis au taquet. Un gars m’emboite le pas et me motive à tracer au plus vite pour le décrocher (je n’ai rien contre lui mais c’est la frustration qui ressort).
Il y a 17 bornes jusqu’aux saisies et c’est pour moi le passage presque le plus difficile de la course : ça n’est pas trop technique (quoique très boueux cette année), pas trop dénivelé (300m de D+ seulement mais une montée au véry chiante) mais c’est long, long, très long et on a 70 bornes dans les pattes.
Si on arrive à trottiner, ça peut passer en 3h, sinon, ça peut être interminable.
Et c’est aussi que(pour moi), la nuit tombe et qu’on perd ses repères visuels. Je trace bien en essayant d’aller le plus loin possible avant l’allumer la frontale avec comme objectif de ne plus me faire doubler jusqu’à la fin et de rentrer dans les 100 ( en pointant au joly, on m’a annoncé dans les 140 mais il y avait bien une 20aine de concurrents arrêtés et je pense que c’est faisable).
Juste avant d’arriver au chalet du Véry, je n’y vois plus rien et je décide d’allumer ma lampe pour attaquer la montée derrière 2 gars qui repartent après une pause.
Je suis toujours pas mal mais moins euphorique et ils avancent bien, j’ai presque du mal à les suivre pendant la montée mais une fois en haut du col du Véry, j’attaque dans la descente pour les larguer bien aidé par mon éclairage puissant. Je m’enflamme un peu comme si gagner 1 ou 2 places était important mais c’est là que je trouve la motivation pour avancer.
Et puis je sens l’arrivée aux saisies assez proche : je connais bien le parcours pour l’avoir fait en randonnée et pour y passer tous les hivers au ski. Après quelques passages où je trouve que le balisage est suffisant (du fait que je connaisse) mais plus espacé, j’arrive au col de la légette où un concurrent me rattrape après m’avoir coursé depuis le passage au télésiège « douce » (c’est son nom je crois).
Il y a là la famille de Jacques qui l’attend dans la voiture : on discute rapidement et je prends de ses nouvelles. Apparemment, il n’était pas trop loin derrière moi au col du joly, c’est donc que ses crampes l’ont laissé tranquille.
J’appelle ma femme pour la prévenir que j’arrive aux saisies dans 20 minutes. Elle est à la fois surprise que j’arrive si tôt après m’avoir laissé pas bien à la gittaz et contente de savoir que je vais mieux.
Je double encore quelques concurrents qui marchent de travers en arrivant dans la station. Je suis concentré, déterminé et j’ai « l’œil du tigre »…la preuve au ravito où ma femme m’attend.
banzaï !!!

banzaï !!!


Je pointe en 102ème position puis compte le nombre de concurrents assis : il y en a 5 ou 6 qui semblent bien fatigués donc je peux déjà repartir dans les 100 !!
t-shirt de l'UTB, bonnet de l'UTB : petit symbole pour terminer la course

t-shirt de l’UTB, bonnet de l’UTB : petit symbole pour terminer la course


Je change de t-shirt, remplis mes bidons, un bisou et je me dépêche de repartir derrière 2 gars qui semblent faire course en duo. Je trottine tout de suite pour les doubler et faire le trou avant la dernière montée.
Cette montée fait quand même 350mD+, assez régulière parallèlement au téléski, spongieuse sur la 1ère moitié (avec plein de grenouilles sur lesquelles on marche) : je suis bien et la pente est nickel pour tenir un rythme rando rapide avec les bâtons. Je me retourner régulièrement pour évaluer l’écart : globalement je prends de l’avance sauf sur une frontale qui semble même me rattraper.
Mon autre occupation du moment, c’est de compter les places et d’évaluer mon classement. Au passage au pointage du Bisanne, on m’annonce 98ème mais c’est revenu derrière et dans la petite descente avant de remonter à la croix de Coste, le gars me double…99ème.
En haut de la croix, les 2 bénévoles sont tranquillement assis à manger avec le petit feu allumé.
Je tiens d’ailleurs à remercier tous les bénévoles qui sont extrêmement nombreux tout le long du parcours: il y a au moins 25 points de contrôle avec entre 2 et 4-5 bénévoles et tous sont plus sympathiques les uns que les autres, même dans le froid à 2000m à 2h du mat’.
Il reste 10 bornes pour 1300mD- et j’attaque prudemment car il y a pas mal de racines et de virages pentus.
Puis l’euphorie de la fin de course revient car je suis sûr maintenant que je vais terminer même si je commence à avoir sommeil.
Mais je n’ai pas de douleur aux jambes et je cours tout le temps en doublant encore 2-3 fois dans la descente…96ème.
La descente est vraiment longue et l’arrivée sur Queige se fait par des portions de route quasiment plates où la relance est quand même difficile. Il me reste 1km à faire, la traversée de la route par le passage souterrain puis je m’attends à aller au plus court vers l’arrivée mais il faut en fait prendre à droite du terrain de foot, contourner le camping pour revenir vers l’arrivée à travers bois.
Et là, je regarde ma montre et je vois qu’il me reste quelques instants pour passer sous les 22h. Je me lance dans un « test VMA » pour finir : je suis à fond de ce qu’il me reste et j’arrive à courir à 14km/h à peu près, ce qui est très bien pour moi, surtout après 100 bornes.
Et je franchis donc la ligne d’arrivée en 21h59 (à ma montre) tout dégoulinant après cet effort final. Mais le chrono officiel m’attribue 22h00min17…en fait, au départ, j’avais oublié de déclencher le chrono et ne l’avais fait qu’après quelques 100aines de mètres…la lose !!!
La fatigue et le froid me tombent dessus très rapidement et je profite d’un lit de camp pour faire une sieste en attendant l’arrivée de Jacques avec qui je remonte aux Saisies sur le coup de 3h30-4h.
Une bonne et excellente douche après, je m’écrase sur mon oreiller pour dormir jusqu’à 11h, il faut redescendre pour le banquet et la remise des prix à Queige.
On sent alors vraiment la bonne ambiance, la simplicité et l’esprit qui règne sur cette course. Il y a d’ailleurs beaucoup de monde pour boire des bières en refaisant la course. Les discussions avec les bénévoles sont instructives sur le travail en amont et pendant la course.
Vraiment une belle conclusion à ce week-end Beaufortain.
Après 2 années sur la course, je reviendrais bien encore l’année prochaine mais je vais me « forcer » à aller voir un autre ultra montagnard.
Mais en 2015, je reviendrai sûrement pour cette fois-ci en profiter un maximum. (peut-être sur plus long si ça se met en place)
mes temps de passage
temps de passage

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vidéos qui donnent envie…

Edition 2013

8 réponses à “CR de l’Ultra Tour du Beaufortain – 20 juillet 2013

  1. ça, c’est du teasing !
    et la photo est superbe….
    Allez, on est d’accord pour patienter encore un peu… mais pas trop / ne nous fais pas une Elcap !

  2. hello !
    on avait discuté de ton objectif pendant les coursières

    c’est une superbe course, avec une très bonne ambiance, mais qui est bien plus dure que ne le laissent entendre ses km et d+

    Bravo pour avoir été jusqu’au bout !

    petit_merou

    (coursieres 2014 ?)

    • merci pour ce commentaire, effectivement belle course. pour les coursières 2014, ça devait être au programme mais c’est fortement compromis. Dans ce cas, j’irai à l’ardéchois je pense

  3. Bravo Fabien, super ton récit, on s’y croirait…. Beaucoup de détails pour se projeter; Dur, dur le passage à vide qui te laisse sans force. Tu as eu de la chance que les forces te reviennent, grâce à la banane séchée, penses-y maintenant en plus du sirop de menthe. Grâce à ton récit, on sait qu’il ne faut pas partir trop vite ! Je vais essayer de me souvenir d’attendre la moitié du parcours. Au plaisir de t’y retrouver le 18…. @+ Philippe

    • Salut et merci Philippe,
      Tu verras, c’est assez difficile de ne pas partir trop vite, pris dans le flot général.
      Et soit tu pars du fond de peloton avec la frustration de rester bloqué derrière, soit tu pars devant et c’est difficile de se ranger sans arrêt pour laisser passer.
      François Camoin conseille au briefing de partir entre 600 et 800m/h pour la 1ère montée de 1700mD+ (!!!) mais même au milieu de peloton, ça monte quasi à 900-950m/h.
      A bientôt, ça va venir vite maintenant.

      • Oui, c’est vrai Fabien, tu as raison, on part toujours trop vite, moi compris. C’est difficile de se contenir après tant de mois d’attente, pris dans l’euphorie du départ…. Je garde juste une réflexion en tête: « partir à l’allure à laquelle nous sommes capables de terminer »…. Comme tu as pu terminer à 14km/h tu es finalement parti à la bonne allure 😉 Par contre, concernant la gestion des 600 ou 800m/h, je n’ai aucune idée de ce que cela représente n’ayant rien pour ce genre de mesure. Tant pis on verra bien le résultat. Sinon elles sont top tes photos qui illustrent ton récit. Bonne poursuite d’entraînement 🙂

  4. Pingback: UTB 2015, la mission | Objectif trail·

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