UTB 2015, la mission

La vidéo de ma course pour commencer…

Ultra Tour du Beaufortain 2015 from jano on Vimeo.

Pour mon 4ème Ultra Tour du Beaufortain, j’avais un peu la pression…enfin un peu…beaucoup.
Après 3 éditions dont 2 abandons, cette année était un peu la dernière chance « d’égaliser » et de me prouver que je pouvais terminer un ultra, vaincre mes problèmes d’alimentation, me remettre de mes coups de mou inévitables en course et surtout prendre un maximum de plaisir, ce qui n’avait pas été toujours le cas en 2013.lien récit UTB 2013
Pourtant, malgré le risque de vraiment perdre confiance et arrêter ce type de course en cas d’échec, j’ai construit mon année de la même façon que d’habitude sans me prendre la tête. Avec moins de volume que les années précédentes, surtout 2013 (220km en juin contre 390km en juin 2013 par exemple) mais 1 dossard de plus.
Plusieurs fois, j’ai pensé à la phrase d’un grand philosophe lyonnais qui prédisait ma réussite les années impaires (ouille pour l’année prochaine !!)
Les derniers jours avant la course sont passés avec une grosse envie d’en découdre, quand même légèrement perturbés par la canicule à partir de mi-juin.
1 bonne semaine d’acitvités outdoor à S-2 (rando, kayak, footing) puis 4 jours de coupure entre J-8 et J-4 et enfin reprise par des séances courtes et dynamiques à partir de J-4.
Trajet le jeudi AM et installation au camping de queige parce que je veux être sur place le vendredi toute la journée pour m’imprégner de la course, voir un peu de monde sans me speeder et parce que je suis tout rouillé quand je fais de la voiture la veille d’une course.
Le vendredi, après une petite balade en fin de matinée autour de la Légette aux Saisies en compagnie de Jacques, je fuis la chaleur en montant au bisanne pour manger et faire ma sieste. Les 25°C à 2000m sont toujours plus supportables que les 35°C à Queige.

sieste au bisanne avec vue sur les Saisies

sieste au bisanne avec vue sur les Saisies

Puis c’est l’heure de redescendre pour retirer le sac coureur avec le t-shirt brooks…

t-shirt coureur

t-shirt

…les manchettes UTB et la gravure sur bois (UTB2015) et assister au briefing habituel présenté par François.

mais où est charlie ?

mais où est charlie ?

Les orages ne semblent pas trop menaçants pour le lendemain, peut-être une averse en fin d’AM, 1 ou 2 points d’eau supplémentaires en raison de la chaleur probable et environ 450 partants (437 en réalité).

Puis, c’est l’heure de rentrer au camping, essayer de manger et se coucher tôt, ce qui est difficile pour moi. J’arrive tant bien que mal à tout boucler, sac prêt au départ vers 22h et me coucher dans la voiture (moins de bruit que dans la tente).

Le lendemain, réveil à 2h30, le temps de déjeuner, prendre une douche, se préparer tranquillement pour arriver sur la ligne de départ 20 minutes avant le starter. Puis à peine le temps de discuter avec 2-3 connaissances, s’encourager avec Jacques et son copain Hervé et s’élancer pour ce tour de plan d’eau et les 105km à suivre.

départ UTB - crédit organisation

départ UTB – crédit organisation

J’ai un peu de mal à savoir où j’en suis au moment du départ. J’avais décidé les jours précédents de suivre Laurent Schwartz, multiple finisher de l’épreuve et très régulier lors de toutes ses participations. Manque de pot, il déclare forfait cette année. Du coup, je me dis que me placer au milieu du peloton devrait être correct pour être dans les temps d’un départ relativement tranquille. C’est en tous cas l’impression que j’ai en discutant avec un peloton de bretons dans la 1ère montée. Mais il fait très chaud, 22-23°C à 4h du matin et la vitesse ascensionnelle est élevée pour moi avec plus de 100km à faire, environ 900m/h.

Arrivé au pointage des chappes, je me rends compte du rythme un peu élevé et je lève le pied jusqu’à la roche pourrie. Voici mes temps de passage prévus avant la course, les temps réalisés et la différence par rapport à la prévision :

roadbook-22h-2015-realise

roadbook-22h-2015-realise

j’arrive au col de la roche pourrie avec quelques minutes de plus que les années précédentes mais quand même 9 minutes d’avance sur mon roadbook, ça suffit pour me rassurer sur mon rythme et après avoir doublé un petit groupe juste après le point de contrôle, je me retrouve avec personne à l’horizon devant moi en direction du col des lacs. C’est la 1ère fois et du coup, je suis très relâché et j’en profite bien pour aller à mon rythme, faire une pause technique, resserrer mes chaussures, sans me faire rattraper ni doubler. Puis je rattrape peu avant le col un petit groupe avec Marie-Laure Ferrari, autre multi-finisher : on discute un peu, je lui dis qu’elle va peut-être devenir mon lièvre vu qu’elle termine d’habitude dans les temps de Laurent Schwartz…on se fera un chassé-croisé permanent jusqu’au hameau de la Gittaz, au km 63.

avant le col des lacs crédit : cecile-camoin

avant le col des lacs crédit : cecile-camoin

Les conditions sont idéales, ça s’est rafraichi sur le hauteurs et j’arrive avec un bon 1/4h d’avance au 1er ravito du refuge des Arolles. J’ai encore de l’appétit, du pâté en croute, des bananes, abricots et autres bonnes choses. Remplissage du bidon de menthe, poudre D4 dan l’autre et c’est reparti, direction Saint-Guérin puis le ravito du cormet d’Arêches.
Échaudé par ma gestion des années précédentes, cette fois, je calme le jeu sur cette partie que je trouve toujours aussi magnifique jusqu’à déboucher sur la piste des bonnets rouges (domaine skiable d’Arêches). Je rattrape à ce moment Frédéric (Groscamion pour les intimes) avec qui je ferai aussi le chassé-croisé jusqu’à la mi-course, au gré de ses crampes, de ses chutes, de ses petits malaises alors que moi, j’avance régulièrement…En résumé, meilleur que moi sans ses pépins.

passerelle saint-guérin - crédit photo :organisation

passerelle saint-guérin – crédit photo :organisation


Après le passage à la passerelle de Saint-guérin, toujours digne du tour de France (voir vidéo), c’est « l’horrible » montée au cormet d’Arêches. Horrible parce que si l’environnement est joli, le sentier n’est pas le plus beau(y’a pire, hein !!), que j’ai toujours un bon coup de mou ici (surtout), je pense parce que c’est là que je dépasse les 5h de course (j’ai toujours un coup de mou vers les 5h de course).
juste après le lac des fées -crédit photo : emilie pollet

juste après le lac des fées -crédit photo : emilie pollet


juste après le lac des fées -crédit photo : emilie pollet

juste après le lac des fées -crédit photo : emilie pollet


montée au cormet d'Arêches - crédit photo : jp-djipi

montée au cormet d’Arêches – crédit photo : jp-djipi


En tous cas, cette année, je limite la casse et je passe le ravito dans un état correct sans plus après avoir fait le plein des bidons (et un peu mangé mais pas trop).
5 minutes plus loin, je m’arrête une 1ère fois pour mettre les manchettes, un peu saisi par le vent…rebelote encore 5 minutes plus loin pour mettre cette fois le coupe-vent sans manche…c’est bien couvert et le temps devient presque inquiétant.
Jusqu’au col du coin, je suis tout en gestion, j’évite de me prendre le mur et c’est plutôt réussi : je passe le dernier raidillon au col du coin en retrouvant le sourire et je bascule confiant en direction du lac d’amour où m’attend Eric, un collègue lyonnais(et savoyard) qui fait sa sortie d’entrainement et qui m’accompagne jusqu’au col à tutu.
Je bascule en haut au moment ou le soleil revient : on aura au moins évité la chaleur jusqu’en fin de matinée. La traversée jusqu’au refuge de Presset, lieu du 3ème ravito est relativement technique mais se fait en 30 minutes depuis le col à tutu.
Super top le ravito au refuge, sauf que je commence à saturer de la bouffe, salée ou sucrée, alors que je n’ai pourtant pas mangé grand-chose depuis les arolles.
Peut-être 2 barres, quelques abricots et du jambon, sans oublier 2-3 morceaux de banane, y’a presque que ça qui passe.
Donc c’est remplissage, un demi verre de coca et c’est reparti mon kiki. Les vues sont superbes, on ne s’en lasse pas de regarder partout, je suis un peu en mode rando du coup.
En repartant du refuge de Presset - crédit photo : patrice marin

En repartant du refuge de Presset – crédit photo : patrice marin


Puis c’est la montée au col du grand fond (2671m), point culminant de la course. A peine un névé de 10m à traverser cette année, la canicule a eu raison de la neige et de bon nombre de sources, ruisseaux, marécages et mares d’altitude.
Presset depuis le col du grand fond - crédit photo : patrice marin

Presset depuis le col du grand fond – crédit photo : patrice marin


Un bénévole discutant avec des randonneurs leur dit à ce moment qu’on a fait le plus dur, en me prenant à témoin…moui…il ne reste que 65km et c’est vrai qu’à peine la moitié du D+…une broutille !!
En parlant de broutille, j’avance maintenant vers LA descente de la course, celle de la brèche de Parozan. Encore plus difficile cette année je trouve tellement c’est sec et poussiéreux.
traversée jusqu'à la brèche de parozan - crédit photo : patrice-marin

traversée jusqu’à la brèche de parozan – crédit photo : patrice-marin


Je commence la descente derrière Marie-Laure Ferrari mais elle a le frein à mains, du coup moi aussi et c’est un peu la descente catastrophe, tout crispé et les glissades qui vont avec. Puis on se fait doublé par un duo de relais à qui j’emboite le pas et c’est tout en relâchement (enfin faut le dire vite) que je termine la descente.
Dans la desente avant le plan de la laie - crédit photo : jp-djipi

Dans la desente avant le plan de la laie – crédit photo : jp-djipi


C’est ensuite un sentier en balcon au-dessus du barrage de Roselend qui m’emmène avec les 2 relayeurs jusqu’au plan de la Laie, base de vie et (presque) mi-course (km48 donc pas tout à fait comme l’avait rappelé François la veille).
Je ne me sens pas trop mal en arrivant, même si la fatigue commence à se faire sentir. Mais je me méfie car l’année dernière, j’étais bien aussi et le temps de me changer, j’avais eu un gros coup de bambou précurseur de mon hypoglycémie à la sortie du tunnel.
Donc je décide de prendre (relativement) mon temps mais faire les choses bien : je commence par me verser un pichet d’eau fraiche sur la tête car la surchauffe guette quand même.
Puis avant d’avoir eu le temps de réfléchir, une petite dame souriante m’amène comme sur un plateau mon sac coureur (à noter la parfaite organisation des bénévoles avec quelqu’un qui guette les dossards entrants sous le chapiteau puis qui communique avec le préposé aux sacs qui récupère rapidement le bon sur des racks et qui le donne à la personne qui nous l’amène en mains propres). J’en extrais une petite bouteille de 50cl remplie de solution de réhydratation qu’une autre bénévole me remplit.
Je change ensuite de chaussettes mais je garde les brooks cascadia dans lesquelles je suis à l’aise et changement de maillot aussi. J’essaye ensuite de grignoter 2-3 bricoles sans trop de succès, me bois mon demi verre de coca et je remplis mes bidons avec 1 sirop de menthe et 1 poudre de perlimpinpin-maison (caloreen/fructose/sucre complet/sel) avant de repartir après une pause qui aura duré 20 minutes quand même.
Le soleil est maintenant bien présent et la chaleur du début d’après-midi va probablement faire son effet. Avant de repartir, j’ai mouillé ma casquette et l’éponge de type lavette fixée à l’intérieur, astuce lue les jours précédents la course qui m’aura été bien utile (ça garde clairement la tête au frais plus longtemps). La montée jusqu’au tunnel est assez difficile, pas techniquement mais du fait de la chaleur et de la pente. J’ai quand même un doute sur mon alimentation qui a été probablement trop faible au ravito et je m’inquiète de refaire la même hypo que l’année dernière à la sortie du tunnel. Le photographe officiel est à peu près au même endroit que l’année dernière et me reconnait même (pourtant, il en voit passer des têtes)
montée vers le tunnel du roc du vent - crédit photo : frederic gossin

montée vers le tunnel du roc du vent – crédit photo : frederic gossin


J’arrive assez vite au tunnel et ça va pas trop mal, j’ai anticipé en sortant ma frontale dans la fin de la montée, ça serait dommage d’abandonner KO en se cognant au plafond du tunnel qui culmine par endroits à 1m60 !!
entrée tunnel - crédit photo lafilleauxbasketsroses.blogspot.fr

entrée tunnel – crédit photo lafilleauxbasketsroses.blogspot.fr


je me régale déjà de la vue à la sortie qui est vraiment magnifique…
roselend vu de la sortie du tunnel - crédit photo lafilleauxbasketsroses.blogspot.fr

roselend vu de la sortie du tunnel – crédit photo lafilleauxbasketsroses.blogspot.fr


En avançant un peu avec une vue de l’arrière, on se rend compte de ce que représente ce tunnel en plein milieu de la montagne (pour l’histoire, conçu en 1936 pour un projet routier devant traverser les Alpes d’Evian à Menton sur une cote approximative de 1500m afin de lancer le tourisme dans des coins ignorés. Les réfugiés politiques espagnols fuyant le franquisme ont été enrôlés sur ce chantier laissé à l’abandon au début de la guerre)
sortie tunnel - crédit photo lafilleauxbasketsroses.blogspot.fr

sortie tunnel – crédit photo lafilleauxbasketsroses.blogspot.fr


Et THE vue de la course un peu plus loin sur le sentier avec les barrages de Roselend et de la Gittaz et leurs bleux différents…merci aux photos prises sur le blog de la fille aux baskets roses Blog de la fille aux baskets roses
THE vue après le tunnel - crédit photo lafilleauxbasketsroses.blogspot.fr

THE vue après le tunnel – crédit photo lafilleauxbasketsroses.blogspot.fr


Bon, le paysage est vraiment beau mais faut quand même avancer et surtout faire gaffe car le sentier est étroit et il y a du gaz à gauche donc il ne s’agit pas de mettre le pied de travers !!
On quitte ce sentier gazeux pour monter à la côte 2432, belle grimpette mais assez courte puis on prend une crête avant de redescendre vers le col des sauces. Je rattrape à ce moment 2 bretons dont le petit jeune du peloton qui a faibli suite à de bonnes crampes. On le laisse ralentir et se refaire et j’ai peur à ce moment qu’il ait du mal à terminer (en fait, il arrivera à se refaire la cerise et bien terminer).
C’est aussi le moment ou mon coup de mou arrive…alors je ne sais pas si c’est psychologique mais depuis 4 ans que je fais cette course, j’ai toujours eu mes plus gros coups de mou lors de la montée au cormet d’Arêches (encore cette année) et à la montée sur la crête des gittes (et puis au col de la Gittaz aussi). Et donc là, rebelote aussi, d’autant plus que sentant l’hypoglycémie arriver, je tente de manger une barre de céréales…demi-tour express dans l’œsophage et même ce que j’avais ingurgité depuis le plan de la laie ressort !!! c’est dingue ce que ça peut faire du bien un petit vomito rapide quand on est vaseux depuis un moment, que rien ne passe plus vraiment…dans les 30 secondes, on se sent libéré, prêt à se ré-alimenter et repartir…je vous le conseille !!
Bon, ça m’a libéré mais pour le solide, c’est toujours difficile donc je me concentre sur ma boisson mais je suis déjà sur les fonds de cuve, c’est-à-dire presque 1,5l depuis la mi-course. Heureusement, le refuge de la croix du bonhomme est proche et un point d’eau est prévu (il y a un bassin aussi je crois). Je me fais lâcher par l’autre breton et par Christian, un TORiste (tor des géants) qui me mettent 5 minutes en 500m.
Arrivé au refuge, on nous indique pouvoir y rentrer pour remplir nos bidons…youpi !! Je m’en fais donc un de 750ml avec une dose de boisson d’effort (D4) et je repars sans oublier de mouiller ma casquette (je l’aurai fait toute la course à chaque point d’eau, ruisseau, torrent…rencontrés). J’attaque le trajet jusqu’au col du bonhomme, un peu jaune (ma couleur quand ça va moyen) mais en buvant 1/3 de mon bidon puis ensuite de petites gorgées. Je sens rapidement que je me refais la glycémie et c’est mieux pour ce passage technique ou vaut mieux être lucide pour mettre les pieds et où on peut perdre ou gagner pas mal de temps. La descente après le point de contrôle du col est d’ailleurs aussi assez longue et traumatisante pour ceux qui souffrent avec 700mD- en 4km environ.
Cette descente, c’est aussi l’occasion de découvrir le fameux chemin du curé, emprunté aussi sur la TDS (mais en nocturne pour la majorité). En débouchant de ce chemin, on débouche sur le vallon de la Gittaz avec la vue sur le hameau, lieu du ravito suivant. Il reste encore quelques centaines de mètres à descendre pour y arriver et c’est là que Djipipi (je n’ai pas retrouvé son nom pour les crédits photo) se trouve pour la 3ème fois sur le passage des coureurs pour faire de belles photos.
Descente caillouteuse avant le hameau de la Gittaz - crédit photo : jp djipi

Descente caillouteuse avant le hameau de la Gittaz – crédit photo : jp djipi


Ce ravito, c’est le début de la fin pour beaucoup et on entend les interrogations sur l’intérêt de continuer ou pas. Faut dire qu’on sent la fin d’après-midi, les assistances sont là, la navette de rapatriement de l’organisation qui fait des tours. De mon côté, même si j’ai toujours du mal à manger, c’est le classique verre de coca (qui passe difficilement), le remplissage des bidons, et comme je suis en mission (je déconne, c’est plaisir d’être là depuis le début), je repars assez rapidement. Mais comme d’habitude une nouvelle fois, cette montée assez facile, raide au départ puis avec une bonne portion de piste en faux-plat ne me réussi pas. Je fais même un vomito devant le pick-up des bénévoles qui m’avaient hébergé dans leur voiture l’année dernière !! Le gars me reconnait même mais je lui dis que cette fois, je ne m’arrête pas !!
Je double aussi un gars qui grogne parce que c’est long, ça n’est pas de la course, juste de la montagne…je lui répond que c’est effectivement pas les 100km de Millau (il abandonnera d’ailleurs au col du joly). De mon côté, ça va mieux sur la fin de la montée même si les nuages et les 1ères gouttes font leur apparition. Les contrôleurs au col sont d’ailleurs en train de sortir les ponchos à mon passage. Je continue un moment dans la descente vers le Bolchu sans sortir la veste car il ne fait pas encore trop froid mais au moment de bifurquer pour remonter sous le col de la fenêtre, les gouttes deviennent énormes avec le vent qui va bien, le rideau de pluie est bien noir et je m’arrête donc pour sortir la veste de pluie, imité par mon poursuivant. Je passe devant les 2 bénévoles du point d’eau supplémentaire « spécial canicule » abrités comme ils peuvent sous leur parapluie…Je leur dis de rentrer chez eux et je bois même une demi-louche d’eau pour qu’ils n’aient pas l’impression d’être là pour rien (m’enfin, ils ont même le sourire, c’est dingue). Ce petit coup de frais m’a fait du bien sauf à l’entre-jambes au niveau du cuissard qui chope une irritation avec l’humidité et j’arrive décidé et bien lucide au ravito du col du Joly.
Vue en arrière du col du Joly - crédit photo Viez

Vue en arrière du col du Joly – crédit photo Viez


Ce ravito, surtout avec le soleil qui décline et la fatigue, il faut s’y arrêter au minimum : faire le plein, manger un peu et repartir. Je passe quand même 10 minutes le temps de taxer un peu de crème pour mon irritation, de me faire servir 2 bols de soupe par les jeunes bénévoles dévouées, une tranche de jambon bien fraiche sortie de la glacière. Je croise aussi Mathieu l’air désespéré qui a abandonné 1 bonne heure avant et qui attend son père. Il avait fini l’année dernière et on s’était recroisé au TAR en septembre : il a peut-être abandonné un peu vite mais il n’avait plus la motivation.
De mon côté, je troque ma veste contre manchettes et sans manche coupe-vent et repart avec l’objectif de tracer au maximum avant la nuit et l’allumage de la frontale. J’ai souvenir d’avoir allumé ma lampe en 2013 dans le noir quasi complet au pointage du Very…cette année, il y a eu le passage du tunnel en plus mais mon objectif est d’allumer le plus loin possible. Je pars donc vite, double « toto du 38 » (désolé pour la mine, j’étais pressé à ce moment là) et attaque ces 17km jusqu’aux Saisies le couteau entre les dents.
départ du col du Joly - crédit photo Viez

départ du col du Joly – crédit photo Viez


Aiguille croche en repartant du Joly - crédit photo : lucas martin

Aiguille croche en repartant du Joly – crédit photo : lucas martin


Je tiens à préciser que la 1ère partie de ce tronçon est globalement montante jusqu’au mont Vorès même si c’est maintenant de la montagne à vache. Donc pas mal de petites relances, ou de marche rapide (le top en style marche nordique) à faire.
Il y a un petit regroupement de 5-6 du côté du col du Véry qui explose rapidement dans le dernier raidard au Vorès.
Puis on arrive du côté du nouveau télésiège de Belastat sur le domaine skiable des Saisies qui a complètement défiguré la crête et les singles sauvages de ce coin…franchement, pour 2 pauvres pistes mal exposées l’hiver, je trouve ça vraiment nul ce chantier qui a transformé les sentiers en large piste à bulldozer…passons.
Heureusement, la nuit tombe, on voit quasi plus et il faut allumer les frontales…j’estime à 20 minutes l’avance que j’ai sur 2013 donc ça ferait sans coup de mou 21h40 à l’arrivée sachant que j’avais fait une très belle fin…donc je table sur 21h50. Toto38 m’a rattrapé et Christian (le TORiste) aussi à ma grande surprise : je le pensais loin devant mais il a fait 30 minutes de « sieste » au col du Joly.
Il reste 5-6km jusqu’aux Saisies et c’est « Nordic Walk Power » à 8km/h au GPS…j’attrape chaud d’ailleurs avec mon coupe-vent mais j’ai la flemme de l’enlever.
L’arrivée aux Saisies est un peu le retour à la civilisation avec musique à fond et plein de monde du fait de l’arrivée conjointe du tour du Mont-blanc à vélo et du dernier ravito de l’UTB.
Encore 5-10 minutes de pause, le temps de remplir les bidons, de manger encore de la soupe (c’est la 1ère fois depuis le col du Joly que je mange de la soupe sur une course !!) et je repars, accompagné par la main par une bénévole (toujours la même aux saisies je crois) jusqu’au parcours de la course. Elle prend bien soin de nous prévenir des racines dans le début de la descente après le Bisanne et elle a fait ça avec tous ceux à qui j’en ai parlé !!!
En repartant, je vois bien Christian pas trop loin derrière mais je sens qu’il va me rattraper et que 100m d’avance, c’est toujours ça de pris si je veux rester au contact ensuite. Il me rattrape d’ailleurs rapidement, je l’invite à passer mais il préfère rester avec moi et discuter…c’est vrai que c’est plus sympa et ça passe plus vite.
Nous voilà donc partis pour finir ensemble a priori. La montée au Bisanne se fait assez facilement, sentier facile puis un bout de piste et 50m de route pour arriver à 1960m après 300mD+. On bascule dans une petite pente qui rappelle les 95km précédents puisà nouveau un bout de piste avant de faire la dernière montée de quelques m de D+ à la croix de Coste : pas de barbecue cette année du fait de la sécheresse et d’un bout de forêt parti en fumée quelques jours avant sur les hauteurs de Queige. On apprend quand même qu’on est aux environs de la 70ème place, ce qui est pas mal et présage de nombreux abandons.
Cette dernière descente est longue, très longue (7-8km) avec beaucoup de D- (1400m) mais sur la 1ère moitié faite à l’altimètre, ça ne descend quasi pas avec des portions de relance. Finalement, heureusement qu’on est 2, ça passe plus vite. J’ai encore de bonnes jambes, du moins sans douleur alors que Christian grimace un peu mais la fin motive à trottiner plutôt que marcher, ça sera fini plus vite. On a la confirmation dans cette descente qu’on terminera sous les 22h, mon objectif presque ambitieux du départ, ce qui me réjouit à l’avance.
J’ai vraiment passé une excellente journée, j’ai beaucoup discuté, croisé du monde, échangé avec les bénévoles…je me suis régalé avec les paysage et le parcours…le top !!
On entend les bruits de l’arrivée, le parcours se faufile dans Queige, limite on rentre dans les jardins…traversée de la route par le passage dessous, pas de tour du camping cette année, l’arrivée avec les guirlandes de lumière. Un dernier coup d’œil derrière pour être sûrs de ne pas se faire griller, on repart à trottiner pour arriver en courant et voilà, c’est fini dans une petite ambiance intime mais sympathique.
Arrivée avec Christian - crédit photo : frederic gossin

Arrivée avec Christian – crédit photo : frederic gossin


La satisfaction de l'arrivée - crédit photo : emilie pollet

La satisfaction de l’arrivée – crédit photo : emilie pollet


On se sépare avec Christian, je passe prendre mon lot finisher (choix entre haut manches longues, gilet léger sans manche ou gilet polaire), je retourne au camping prendre une douche avant de revenir sur le site d’arrivée déguster le repas coureur de la nuit : une formidable soupe bucheronne avec un bout de Beaufort, une salade de fruits et une boisson offerte.
Puis je retourne au camping terminer la nuit avant de revenir le lendemain en fin de matinée pour la remise des prix et profiter du repas d’après-course avec tous les copains (oui, 2 repas dans l’inscription !!)…et profiter un peu de la tireuse à bière quand même.
Après 4 éditions, je serais presque tenté d’aller voir ailleurs l’année prochaine…mais c’est tellement le pied cette course que ce soit le parcours, l’organisation, les bénévoles et ce massif du Beaufortain !!!
Ultra Tour du Beaufortain - crédit photo : lucas martin

Ultra Tour du Beaufortain – crédit photo : lucas martin

17 réponses à “UTB 2015, la mission

  1. Et bien il faut que j’aille voir ça de moi même, mais ça donne bien envie, ce récit 🙂
    Je retrouve une partie de la montagn’hard (le Joly)… A vois si ça peut s’enchainer l’année prochaine !

    T’y retourne une 5eme fois en 2016, alors ? :-p

  2. Bravo ! Jolie perf très bien narrée de surcroît. Sur les photos, on devine ton plaisir à être là et les photos de paysages sont superbes. Tu le vends vraiment bien cet UTB !
    Et puis ça fait plaisir de te voir aussi content.

  3. Bravo Fabien, cela m’a fait très plaisir de te rencontrer en vrai après la découverte de tes récits. 🙂 Félicitations pour avoir améliorer ton temps. Un récit qui donne en vie d’y aller avec toutes ces photos, plus la vidéo. Peut-être à une autre fois.
    @+
    Philippe

  4. J’ai lu le commentaire et regardé la vidéo depuis la plage en Bretagne : contraste assez total, mais ça fait plaisir de voir des belles images! En plus, tu as la banane quasi tout le temps 🙂
    Gros bravo, mission réalisée avec brio. C’est quoi la prochaine ???

  5. Superbe récit et magnifique vidéo comme tu sais si bien le faire !
    Encore BRAVO à toi pour ta belle course, quel modèle de gestion et … un temps record !
    A+
    Jack

  6. ah la belle course ! bravo Fabien !! bon en 2016 , je ne saurais que te conseiller une autre superbe course dans des décors presque + grandioses ( sisi .. ) que le beaufortain : la skyrace de Montgenèvre ! je devrais en être . sinon, rdv au TAR !
    manu ( el numax )

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